LUXEMBOURG RESUSCITATION COUNCIL

Dans le cadre de la Journée Mondiale du Coeur, le LRC Luxembourg Resuscitation Council lance sa campagne de sensibilisation "Réagis!" qui vise à apprendre au grand public les premiers gestes qui sauvent en cas d'arrêt cardiaque.

Mort subite du sujet jeune : il n’y a pas que la cardiomyopathie hypertrophique…

 

Chez le sujet jeune, athlète ou non, la mort subite cardiaque (MSC) est volontiers liée à une cardiomyopathie sous-jacente dont elle peut d’ailleurs être la manifestation inaugurale. Parmi les affections cardiaques potentiellement impliquées, il en est une qui revient souvent dans les publications : c’est la cardiomyopathie hypertrophique (CMH). Cependant, force est de reconnaître que les résultats des études épidémiologiques sont plutôt divergents, au point que son rôle exact dans la survenue de la MSC est loin d’être acquis, a fortiori si l’on raisonne en termes quantitatifs.

Une méta-analyse permet d’en savoir plus. Elle a consisté en une revue exhaustive et structurée des données de la littérature internationale publiées entre 1990 et 2014, l’objectif étant d’évaluer la prévalence de la MSC dans deux cas de figure : d’une part, existence d’une CMH, d’autre part, absence d’anomalies des structures cardiaques (AASC). Ont été pris en compte les études de cohorte rétrospectives, les registres et les séries d’autopsies, autant de sources informant sur l’étiologie de la MSC touchant des sujets jeunes  (âge ≤ 35 ans). Un modèle à effets aléatoires a été appliqué aux données pour aboutir à une estimation globale et synthétique du pourcentage de MSC dans les deux situations précédemment évoquées. L’hétérogénéité a été appréciée au moyen du test I(2) et des analyses par sous-groupes en fonction de l’âge, du lieu de l’étude et du type de population.

L’absence d’anomalies des structures cardiaques est une situation plus fréquente

Cette collecte a conduit à inclure 34 études, regroupant au total 4 605 sujets. Le pourcentage global moyen de MSC imputables à une CMH a été estimé à 10,3 % (intervalle de confiance à 95 %,  [IC], 8,0-12,6 % ; I(2) = 87,2%), tandis celui des MSC associées à AASC était plus élevé, à  26,7 % (IC, 21,0-32,3 % ; I(2)=95,3 %), la différence intergroupe étant statistiquement significative (p < 0,001). Chez les non athlètes, les valeurs correspondantes étaient respectivement de 7,8 % (IC, 5,8 -9,9 % ; I(2) = 80,1 %) et de 30,7 % (IC, 23,0-38,4 % ; I(2) = 96,3 %) (p< 0,001). Chez les athlètes, aucune différence intergroupe significative n’a été en revanche détectée (p = 0,57), sauf en Europe où la prévalence de l’AASC l’emportait sur celle de la CMH (p = 0,01).

En bref, la CMH est moins souvent à l’origine d’une MSC qu’on peut le croire, à lire certaines études épidémiologiques. Cette méta-analyse est en effet éclairante, car elle révèle que ce drame survient beaucoup plus fréquemment en l’absence d’anomalies des structures cardiaques. Ces résultats posent, une fois de plus, le problème de la cause de la MSC du sujet jeune qui demeure entier. L’absence de CMH n’est pas en soi une donnée rassurante et ne dispense pas d’un bilan étiologique le plus exhaustif possible.

Dr Catherine Watkins

Référence
Ullal AJ et coll. : Hypertrophic Cardiomyopathy as a Cause of Sudden Cardiac Death in the Young: A Meta-Analysis. Am J Med 2016 ; 129 :486-496.e2.