LUXEMBOURG RESUSCITATION COUNCIL

Dans le cadre de la Journée Mondiale du Coeur, le LRC Luxembourg Resuscitation Council lance sa campagne de sensibilisation "Réagis!" qui vise à apprendre au grand public les premiers gestes qui sauvent en cas d'arrêt cardiaque.

Mort subites hors milieu hospitalier : lidocaïne et amiodarone ne modifient pas le pronostic

On dénombre chaque année, en Amérique du Nord, 300 000 cas de morts subites survenant hors du milieu hospitalier. La plupart d’entre elles sont la conséquence d’une fibrillation ventriculaire (FV) ou d’une tachycardie ventriculaire (TV) sans pouls perceptible.

Or, dans cette situation, les tentatives de défibrillation ne parviennent pas toujours à rétablir un état hémodynamique stable, le trouble du rythme ventriculaire persiste ou récidive sans cesse. Il existe d’ailleurs une relation inverse entre la durée de la FV ou de la TV sans pouls perceptible et l’issue des manœuvres de ressuscitation.

Dans cette urgence extrême, on administre souvent au patient de la lidocaïne ou de l’amiodarone afin de potentialiser l’efficacité du choc électrique externe (CEE) sans que l’on sache vraiment si ces antiarythmiques améliorent réellement le pronostic.

C’est la raison pour laquelle PJ. Kudenchuk et coll. ont mené en double aveugle, une étude multicentrique (10 sites), randomisée, qui a comparé l’administration d’amiodarone, de lidocaine et de sérum physiologique, en sus des soins standard, et la mise en place d’un accès vasculaire, à des adultes qui avaient fait, hors du milieu hospitalier, une mort subite non traumatique liée à une  FV ou à une TV sans pouls perceptible, réfractaires à au moins un CEE.

Critère principal : survie à la sortie de l’hôpital.

Critère secondaire : état neurologique satisfaisant à la sortie de l’hôpital.

Après randomisation, 3 026 patients ont été assignés à l’amiodarone (n = 974), la lidocaïne (n = 993), ou à un placebo (n = 1 059). Et , respectivement 24,4 %, 23,7 % et 21,0 % des patients  de ces 3 groupes sont sortis vivants de l’hôpital.

En analyse en intention de traiter, la différence du taux de survie entre les 2 médications antiarythmiques et le placebo n’était pas significative ; c’est ainsi que la différence du taux de survie  entre l’amiodarone et le placebo était de  3,2 % (intervalle de confiance à 95 % [IC95] de - 0,4 à 7,0 ; p = 0,08). Entre la  lidocaïne et le placebo, cette différence était de 2,6 % (IC95 de −1,0 à 6,3 ; p = 0,16) ; et, entre l’amiodarone et la lidocaïne, elle était de 0,7 % (IC95 de −3,2 à 4,7 ; p = 0,70).

Quant au statut neurologique à la sortie de l’hôpital, il était semblable dans les 3 groupes de traitement.

Il a été noté une hétérogénéité de l’effet du traitement selon que l’arrêt cardiaque était ou non  survenu en présence d’un témoin (p = 0,05). Ainsi, le traitement actif s’accompagnait d’un taux de survie significativement plus élevé que le placebo quand l’arrêt cardiaque était survenu en présence d’un témoin mais pas quand  il était survenu hors de sa présence.

Plus de patients qui avaient reçu de l’amiodarone se sont vus implanter un pacemaker comparés aux patients mis sous lidocaïne ou placebo.

En conclusion, chez les patients qui font, hors du milieu hospitalier, une mort subite liée à une FTV ou à une TV sans pouls perceptible, l’administration parentérale d’amiodarone ou de lidocaïne ne s’accompagne pas d’un taux de survie ou d’un état neurologique favorable significativement plus élevé que celui obtenu sous placebo.

Dr Robert Haïat

Références
Kudenchuk PJ et coll. : Amiodarone, Lidocaine, or Placebo in Out-of-Hospital Cardiac Arrest.
Article publié en ligne dans le New England Journal of Medicine le 4 avril 2016. NEJM. DOI: 10.1056/NEJMoa1514204.